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Des histoires de mon journal de bord :
Le poulet qui défia la mort pendant une semaine
Le poulet qui défia la mort pendant une semaine… On ne peut
acheter le poulet que vivant. La « viande morte » est difficile à
trouver. En raison du manque de réfrigérateur et d’électricité, tout le
monde cuisine et le consomme le jour même. Il y a bien des femmes qui vendent
l’agouti cuisiné au bord de la route mais je dois reconnaître que je ne
cours pas après. Un homme abat de temps en temps un cochon, mais n’importe
quel jour et seulement le matin et quand j’arrive il est souvent parti. J’ai
vu aussi un homme vendre du bœuf sur le marché d’Allada, mais je ne l’ai
pas revu depuis un moment. Je peux acheter de la viande cuisinée en sauce mais
c’est souvent plein de cartilage et de fragments d’os parce que la viande
est débitée à la machette n’importe comment. Les femmes servent de gros
morceaux de viande en ragoût avec du riz et des haricots ou avec de la pâte
(de farine de maïs). Ce n’est pas mauvais mais cette fois je veux cuisiner
moi-même et la seule possibilité est donc d’acheter mon poulet vivant.
Je choisi poulet parce que je cuisine pour moi seul et que ce n’est pas
cher. La dernière
fois que j’ai acheté un poulet vivant, mes voisins se sont moqués de moi
parce qu’il était petit et maigre et que je l’avais payé trop cher. Etant
étranger et blanc, les vendeuses du marché montent leurs prix pour moi.
C’est injuste et je tente toujours de marchander pour arriver au « vrai »
prix (c’est-à-dire celui qu’une personne d’ici paierait). C’est épuisant
quand on a dix achats à faire d’avoir à négocier pied à pied pour chacun.
Pour éviter de me retrouver encore dans cette situation, je demande à
Bernadette, ma voisine, d’acheter le poulet pour moi. Le seul endroit où je
sais trouver un poulet est le marché et il n’y en aura pas d’autre d’ici
quatre jours. Bernadette se rend dans les villages voisins tous les jours pour
acheter et vendre des marchandises et se faire un peu d’argent ; elle
pourra donc me rapporter un poulet rapidement. Je lui donne 500 FCFA ce qui est
le prix normal pour un « poulet africain » (j’expliquerai plus
loin ce qu’est un poulet africain). Aujourd’hui c’est vendredi et
je lui dis que je voudrais le poulet pour dimanche. Elle est d’accord pour me
rendre ce service et dit qu’il n’y aura pas de problème. Ce soir-là,
alors que je passais un moment chez eux, ils me disent que Bernadette a déjà
acheté le poulet et que, puisque je ne le tuerai que dans deux jours, elle
l’a laissé en liberté. C’est comme ça que les Béninois élèvent les
poulets, les chèvres et les cochons. Je n’ai jamais compris qu’ils ne se
perdent pas ou ne s’enfuient pas. Je suppose qu’il y a suffisamment de
restes dans l’eau de vaisselle pour les attirer parce qu’il semble que
personne ne les nourrisse. Ils restent libres et fouillent pour trouver de quoi
se nourrir. Il arrive qu’on les vole mais ils ne s’enfuient jamais. Je ne me
sens guère inquiet pour mon poulet. Dimanche arrive et je suis prêt à cuisiner ! Je vais demander à Bernadette si elle peut me donner mon poulet. « Non, désolée, je ne sais pas où est ton poulet. Il n’est pas loin, je le trouverai pour demain » me dit-elle. Un peu désappointé, je rentre à la maison et me prépare autre chose. Lundi soir, je retourne demander mon poulet. Elle dit qu’elle n’a pas pu encore l’attraper mais qu’il dort dans l’arbre à côté de chez Antoine, et donc pas de souci, « reviens demain et tu auras ton poulet » m’assure-t-elle. Pas étonnant que je ne mange pas de la viande très souvent ! Mardi. J’espère que je vais enfin récupérer ce foutu poulet, j’y vais et constate qu’ils ne l’ont toujours pas attrapé ! Ils voient que je commence à m’impatienter et jettent des grains de maïs sous l’arbre pour l’attirer. Ça ne marche pas. Il ne doit pas avoir faim. Incroyable ! J’insiste pour qu’ils fassent quelque chose ; ça devient ridicule ! Tineto prend son arbalète de fabrication maison, vise le poulet et le fait tomber de l’arbre ! Je vais enfin avoir du poulet pour dîner ! Mais la bête s’enfuit dans les épaisses broussailles. Tineto l’a touché à la patte mais il n’est que blessé. On fouille pendant au moins une demi-heure sans succès. Zut ! Mercredi. (5e jour), je retourne chercher « le poulet qui défie la mort ».Tineto et son fils Nestor fouillent autour de leur case et après vingt minutes, ils finissent par attraper l’insaisissable volatile. Enfin ! Hurrah ! Nestor et moi le
rapportons à la maison pour le tuer. Je veux lui couper la tête pour qu’il
meure rapidement et sans souffrir mais les Béninois ne l’entendent pas de
cette oreille. Selon leurs traditions, les animaux doivent être saignés à
mort en leur coupant la gorge après leur avoir donné de l’eau à boire. Je
demande « Veux-tu que cet animal souffre le moins possible ? »
« Oui » dit-il. Je lui demande « Bon alors de quelle façon
penses-tu qu’il souffrira le moins, en le laissant se vider de son sang ou en
lui coupant la tête ? ». « En lui coupant la tête » répond-il.
« Ok, alors laisse-moi lui couper la tête ». « Non, dit-il,
nos ancêtres ne veulent pas. On doit le saigner ». Je cède. Il tire la tête
du poulet en arrière et coupe avec sa machette. Quelques minutes après, il est
mort. Nestor m’aide à le plumer et le vider. Nous le plongeons dans l’eau
bouillante pour pouvoir détacher les plumes. Tout ça prend une demi-heure et
fait plein de saloperies. Une fois plumé, je suis surpris de voir comme il est
décharné et osseux. S’être donné tant de peine pour un sac d’os !
Je donne la tête, les pattes et les tripes à Nestor pour le remercier, après
tout, ils disent que la tête est le meilleur morceau ! Maintenant il est
tard et je suis trop fatigué pour cuisiner ; ça finit par des spaghettis.
Heureusement, j’ai un frigo et je peux garder mon poulet ! Jeudi, le père de Nestor vient chez moi et me demande si je vais le partager avec lui car il ma aidé a l’attraper. Je me sens déjà très frustré avec la situation, j’avais vraiment envie de manger un bon repas de poulet, et je lui donne souvent d’autres cadeaux, je le refuse poliment. Je le prépare enfin et je le mange seul pendant un seul repas parce qu’il est tellement petit. En plus la viande est dure, caoutchouteuse et sans goût. Comme c’est décevant après tous ces tracas! Je rêve de manger un gros et tendre poulet américain, où une simple cuisse est suffisante pour un repas. Le problème est qu’ici les poulets ne sont ni élevés ni nourris. Les villageois ne peuvent les nourrir et les laissent donc vagabonder. Inutile de dire, qu’après cet incident, j’achèterai moi-même mon poulet, le tuerai le même jour et ne le laisserai certainement pas en liberté. Traduction fait par Françoise Fily- Mecri Françoise!
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poulet qui défia la mort pendant une semaine
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